L’école

Questions fréquentes

Nous avons choisi de créer cette école à partir d’un modèle éprouvé, celui de la Sudbury Valley School, qui répondait à un certain nombre de nos principes fondateurs (fonctionnement multi-âges, apprentissages autonomes…). Nous pensons en effet qu’il est important de capitaliser sur un modèle ayant déjà fait ses preuves et sur lequel il existe une littérature abondante. Par ailleurs, l’adhésion à l’EUDEC (mouvement des école démocratiques) nous permet de nous enrichir de l’expérience d’autres écoles déjà créées (comme l’école dynamique à Paris) ou en cours de création, et de mutualiser un certain nombre d’actions (conseil juridique, communication, outil Athena de suivi des compétences…). De plus, l’appartenance à un réseau permet aussi d’envisager des actions conjointes sur le terrain (échanges, visites, correspondance, mises en relation…). Enfin, l’adhésion à ce modèle n’empêche en rien d’adapter cette école à notre contexte particulier (notamment du fait qu’elle soit en milieu rural) en adaptant par exemple les horaires, l’offre d’activités, l’insertion dans l’économie locale…

Notre école s’appuie sur le logiciel Athena, une plateforme de suivi des apprentissages. Cette plateforme a été mise en place par des fondateurs de l’école dynamique, pionniers en France d’une approche d’école non-conventionnelle, démocratique, sans programme, basée sur les apprentissages autonomes et inspirée de l’école Sudbury Valley School (en savoir plus sur Sudbury). De façon suivie et structurée, Athéna permet de relier les apprentissages libres et courants aux exigences du Socle commun de connaissance, de compétence et de culture.

Dans une classe traditionnelle, l’enfant doit principalement apprendre les gestes de l’autonomie et développer ses capacités langagières au contact d’une seule personne, l’enseignant. Or le cerveau en pleine maturation demande à être nourri généreusement, et l’adulte peut vite s’épuiser à nourrir plus d’une vingtaine d’enfants. En réunissant des enfants d’âges différents et en les laissant interagir librement au sein d’un environnement structuré, l’on passe d’un mode vertical d’énergie inadapté pour tout le monde, à un mode horizontal. De cette façon, l’intelligence plastique des petits se voit richement nourrie, non plus seulement en situation d’apprentissage, mais également dans un contexte vivant et dynamique ; ils observent et interagissent plus de 6h par jour avec des camarades de classe plus âgés : ils n’ont plus seulement l’adulte pour exemple, ils ont toute une classe d’enseignants qui leur fournissent de belles démonstrations répétées simplement en vivant à leurs côtés. Les grands aident spontanément les petits, découvrant ainsi le sens des responsabilités, et les petits adorent ça. La classe devient un lieu d’émulation et d’émancipation – pour tous.

Pour une majorité des jeunes des écoles démocratiques, cela passe par le Bac et le suivi d’une formation universitaire. Le livre the lives of Subdbury alumni (2005) est un sondage de ce que sont devenus les centaines d’anciens de Sudbury-Valley. Parmi eux, 80% finissent par aller à l’université, et obtiennent habituellement leur premier choix. Il y a aussi quelques originalités, comme un créateur d’une société d’informatique qui s’est consacré uniquement à la pêche jusqu’à ses 15 ans, un professeur de mathématiques qui n’a pas suivi de leçons de maths jusqu’à son entrée à l’université, et plus récemment Laura Poitras et son Oscar décerné pour Citizenfour, le documentaire sur Snowden.

Ce genre d’école est encore peu connu mais pas nouveau. Les Ecoles démocratiques existent depuis les années 20 (avec Summerhill, toujours ouverte) et comptent plusieurs centaines d’exemples aujourd’hui.  Le mouvement des écoles Sudbury, fondé en 1969 par Daniel Greenberg, connaît un succès international grandissant, avec plus de 40 écoles dans le monde. En Europe, on compte une quarantaine d’écoles démocratiques, dont une qui a ouvert à Dijon en mai 2014: l’Ecole de la Croisée des Chemins.  En France, Bernard Collot a développé et théorisé une approche très similaire à Sudbury depuis les années 60 : l’école du 3ème type. Il en existe une à Paris 12ème depuis 2010: la Maison des Enfants. Cette approche pédagogique est-elle risquée ? En réalité, cela dépend de nos attentes et de nos critères de réussite. Si on attend d’un enfant qu’il sache vivre dans le moment présent, entreprendre des projets personnels, apprendre à se connaître soi-même et interagir avec le reste du monde en pleine confiance, alors l’école conventionnelle est peut être plus risquée.

L’objectif de l’école Champ libre n’est pas de préparer les jeunes au Bac, et si telle est l’attente des parents, il vaut mieux choisir une autre école. Les élèves de l’école Champ libre décideront d’entreprendre une préparation au Bac s’ils jugent que cela est utile pour leur projet professionnel. Le Bac n’est plus une fatalité aujourd’hui, lorsque l’on sait que des structures récemment ouvertes ne le requièrent pas comme pré-requis (comme l’école 42, avec 40% d’élèves n’ayant pas la Bac), que le travail salarié est de plus en plus fragilisé en comparaison du travail indépendant, et que les entreprises s’intéressent de moins en moins aux diplômes. Elles considèrent de plus en plus l’expérience, le réseau et les compétences d’un candidat comme primordiales. Par ailleurs, les statistiques tirées des 2 millions de « home-schoolers » aux Etats-Unis prouvent que l’autonomie apporte de meilleurs résultats scolaires (86/100 vs. 50/100 en moyenne) et de plus grandes chances de succès à l’université, en plus de mieux développer les compétences nécessaires à la vie adulte (voir les détails sur http://www.home-school.com/). En effet, un jeune responsable de sa propre instruction travaille à son propre rythme, donc le plus efficacement possible, et il apprend mieux à se prendre en main et à apprendre, donc à être plus responsable et efficace dans la poursuite de ses objectifs.

Un enfant apprend à marcher et parler sans contrainte, programme ou méthode spécifique. Tout être humain a besoin de parler pour interagir avec son environnement, et dans notre environnement actuel (la Normandie au XXIème siècle), il en est de même pour lire, écrire et compter, compétences qui sont appelées fondamentales pour une bonne raison : on ne peut pas vivre sans. Dans les écoles démocratiques, tous les enfants sans exception apprennent à lire, écrire et compter sans recevoir d’enseignement formel de la part d’un pédagogue diplômé.

Si vous pensez qu’un enfant libre ne rencontre aucune difficulté, c’est que vous n’avez pas encore rencontré un enfant libre. Rappelez-vous de votre passage à la vie d’adulte, de votre sortie du cadre scolaire : un jeune en première année de fac est-il outillé pour faire face à un élargissement soudain de ses libertés? La recherche de la vie qu’on veut mener et de son orientation professionnelle est-elle facile et sans embûches? Non, au contraire. La soudaine responsabilité de soi a quelque chose de vertigineux, et l’expérience des écoles démocratiques démontre les bénéfices de mettre les jeunes en situation de prendre leur vie en main dès le plus jeune âge. La vie est déjà pleine de défis, nul besoin de créer des obstacles artificiels, surtout si ces difficultés n’ont rien à voir avec ceux de la vie réelle : qui dans le monde, à part un enfant, est contraint de s’asseoir derrière un pupitre en silence de 9h à 17h, pour obéir à des instructions consistant principalement à ingurgiter des informations par lesquelles on se sent peu concerné ? A l’école Champ libre, au cours de leurs projets, les jeunes seront confrontés à des défis concrets, des situations qui nécessiteront une grande persévérance, des échecs et des conflits, et des décisions parfois lourdes de conséquences pour eux-mêmes et leur groupe. Aussi, entre deux situations difficiles, pourquoi ne pas tout simplement être heureux et profiter d’une vie formidable, telle qu’elle devrait l’être pour tous ?

1

Dès que les parents ont appris à leurs enfants à parler et à marcher, ils leurs ordonnent aussitôt de se taire et de rester assis.

2

Il faut aimer l’enfant pour ce qu’il est et non pour ce qu’on veut qu’il soit.

3

Plus le maître enseigne, moins l’élève apprend.